Eno, dont le propre Before and after science avec son mélange ambient–pop à tiroirs allait devenir une source d’inspiration pour toute la génération post-rock (ça existe encore ce machin ?) ou electronica à venir, et que sais-je encore.
Bingo avec cette première collaboration (comme quoi on peut parfois collaborer avec des allemands, hum …) en compagnie des fameux Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius, alias Cluster, duo visionnaire de la grande sphère de la Kosmische Musik germanique. Eno avait déjà de son côté entamé sa période ambient avec le précurseur Discreet Music (1975) et s’est parfaitement fondu dans le son de Cluster.
Le duo allemand vit à cette époque dans un studio-ferme en Basse-Saxe, et affine ses méthodes d’improvisations vers une musique environnementale jamais transparente - ils se feront par ailleurs piller par tous les rogatons de la dite New Age - et tournée vers une harmonie mélodique et mélancolique, superbe dans ses processus de répétitions et de points de fuite. Ces plages synthétiques, ponctuées de discrètes percussions électroniques, basses, guitares et effets toujours bien sentis, présentent en plus l’avantage de ne jamais s’étendre en durée plus que de raison. Rien que pour les titres Schöne Hände, Wehrmut (ah ah) ou le magistral Für Luise, vous devez essayer.

Un Cluster qui a su également renouveler le groove pop cosmique : mais pour cette tendance dans leur musique, allez plutôt voir du côté des albums de Harmonia, l’autre ensemble qu’ils menaient avec Michael Rother, guitariste de Neu !.

N’oublions pas de mentionner la participation à la production de Conny Plank, l’indispensable catalyseur sonore de toute une partie de la scène allemande de ces années inspirées, et futur metteur en sons de quelques réussites discographiques post-punko-new wave.

Des échos de cette musique apaisée et lumineusement inquiète, on en a retrouvé traces, par exemple, chez le meilleur de Tortoise ou les excellents Boards of Canada.

Plongé dans un chimérique azur sans fin en compagnie - mais aussi bien en l’absence - de l’être aimée, une douce brise élégiaque vient vous rappeler que vous paierez les impôts plus tard.