JLP, une espèce de croisement entre un Marlon Brando psycho-punk-americana-vaudou-trash et une version décolorée-bouffie de Debbie « Blondie » Harry (cette dernière, idole et protectrice, est d'ailleurs aux chœurs sous pseudo sur l'album en question). Balancée à la face d’une Amérique forcément ignorante et indifférente, une deuxième volée longue durée de poésie punko-country-free-blues par des gens qui maîtrisent leur sujet avec une incandescente prestance.
Un rock’n’roll hanté et noir, déjà craché avec urgence sur le fabuleux premier album (Fire of love, 1981) ; comme une sorte de version mystique des cousins Cramps. Et bien plus encore, JLP et sa bande inspirée arrivant à transcender leurs influences et racines musicales punk-hillbilly pour trouver une identité forte et urgente qui magnétisera plus d’un groupe en ces années synthétoc (et même bientôt en léger différé jusque par chez nous : Noir c’est Noir …). Pour le meilleur : assimilation et dépassement inspiré des idiomes musicaux US ; et le parfois plus fatiguant : les divagations gothico-trash-éthyliques inhérentes au « genre ».

Le truc tient en tout cas avec cohérence sur tout l’album (superbes Brother and sister, Texas serenade, reprise inspirée du Run through the jungle des rédempteurs Creedence Clearwater Revival, vénéneux Mother of Earth). Les musiciens sont impeccables dans l’exercice flambé post-Apocalypse Now, aussi bien que dans la tension traumatique en suspension ; et ce malgré une étrange production « thin-mix ».

Titre et pochette parfaits.

De country-punk et voix habitée de prêcheur visionnaire, en blues-arty et crooning-déglingue, Jeffrey Lee Pierce, sous le nom du Gun Club ou le sien propre, continuera après Miami sa mission : un magnifique album Mother Juno en 1987, et les éclairs inspirés, tel une sorte de Jefferson Airplane post-punk, qui traversent les albums suivants. De semi-exil européen chaotique (le groupe, sous ses différentes incarnations, aura évidemment plus de succès, au moins critique sur le Vieux Continent) en improbable retour au pays, Jeffrey Lee Pierce continuera à danser sur le corps de l’Amérique des maudits. Il y laissera « prématurément » sa peau de serpent en 1996. A ce jour, les hommages continuent périodiquement à émerger de « ceux qui savent ».