Co-produit par un Daniel Lanois novice, dont les recettes de mise en son amorcées ici lui assureront fortune et gloire sous d’autres cieux.
Oui, ce disque a tout pour avoir le goût d’une madeleine - ou plutôt ici d’une glace Miko... Mais si on se surprend à l’écouter encore, ce n'est jamais le fait d'une quelconque nostalgie. C’est donc qu’il s’y trouve « autre chose » de plus intemporel, quelque chose comme une ballade sonore urbaine mélancolique, emprunte de poussière et d’une légère brise tiède enveloppant les sens.
La période glaciaire en question ici n’est pas à nos oreilles celui d’une dite cold-wave made in 1981 ; même si l’emploi sur certains morceaux de couches synthétiques early-eighties pourrait par une écoute rapide classer l’affaire de façon erronée. Le caractère « pop-planant » de la plupart des morceaux (le bien nommé Jets seem slower in London skies) nous rattache plutôt à ces albums solo de Brian Eno (avec lequel Lanois collaborera un peu plus tard) comme Before and after science ou ceux produits pour Bowie comme Low ; ponts sonores transitionnels avec les fabuleuses intuitions de précurseurs inspirés tels les germaniques Neu !. La recherche musicale y reste ancrée dans des formats de chansons pop aux mélodies toujours affirmées (superbe travail sur les voix, parties de guitares inventives, …).
Les pieds dans l’aliénation citadine moderne, la tête vers le soleil couchant qui pointe entre deux buildings, avant extinction définitive des feux de l’amour. C'est peu, mais ça suffira pour maintenant et les trois cent ans à venir.