Réussir à allier la puissance mélodique du meilleur rock et R’n’B anglais des sixties (ici et en très court résumé : The Who, le freakbeat pré-psyché à la Creation - qu'ils ont d'ailleurs repris) à l’énergie électrisante sous-tendue de frustration du punk (Pistols et consorts) était un contrat fort honorable et une gageure viscérale dans le ventre mou des eighties ; un exercice de style casse-gueule tel que rencontré mille fois en moins bien chez nombre de leurs précurseurs-contemporains-suiveurs.
Le pari (non truqué avec eux) fût presque gagné, en losers magnifiques de la chose n'roll.
Pas de baltringues chez les Godfathers : un look à faire passer Dr Feelgood pour des clodos, des prestations scéniques incandescentes de haut vol (que ce soit dans des festivals campagnards pourris mais hautement sympathiques, ou au coeur de clubs enfumés - c'était au siècle dernier jeunes gens - totalement acquis à la cause. J'en témoigne !). Ils sont un des grands groupes perdus d’une époque qui n’était pas vraiment faite pour eux (fin des 80’s, 90’s), selon la formule consacrée des exégètes.
Toujours la même histoire : ça aurait dû marcher encore plus fort et plus haut. Avec un tube aussi percutant que Birth School Work Death (1988) - le titre parfait -, et trois excellents albums chez une major entre 88 et 91 (dont les deux premiers produits par le défunt maître Vic Maile), le groupe connaît un succès critique et public estimable. Pas assez pour leur label d’alors, Epic/Sony, qui les lâche (du rock sans concessions, pensez-vous). Le groupe connaît les affres des changements de personnel (les deux leaders, les frères Coyne, ne sont pas des enfants de chœur, la famille quoi), mais ne renonce pas.
Avec un guitariste fabuleux qui, en plus de faire brillamment à lui seul le boulot de ses deux excellents prédécesseurs, compose également avec brio (avant de se décider, paraît-il, à retourner bosser au ministère de l'Agriculture british, ce qui pourrait expliquer avec le recul l'épisode de la vache folle), les Godfathers sortent à l'arrache en cette improbable année 1993 le brûlot intemporel parfait, tout empli de rage froide et de guitares incendiaires. Lequel, en regard des daubes actuelles marketées « nouveau rock’n’roll », fait comprendre à l’auditeur de quelles valeurs on parle vraiment si on prend le temps d'écouter. Pas un temps faible sur ce disque, taillé pour la route et parfait appendice aux épisodes dorés sur tranche antérieurs. Marotte affective personnelle et période transitoire dans l'histoire du groupe, cet éponyme album ne doit aucunement vous dispenser (pour ceux que le genre intéresse) d'infuser à haute dose leurs albums précédents !
Le groupe va se déliter durant le reste des 90s, avant de rendre les flingues en 2001.
Mais la Famille ne meure jamais vraiment. Pour l’anecdote, on pourra apercevoir le chanteur Peter Coyne participer à la version british du Millionnaire (la classe, on vous dit) ; plus discographiquement parlant, l'indispensable compilation de leurs premiers singles Hit by Hit a été dignement rééditée en 2008.
Le groupe reconstitué sur la base des deux frères Coyne (chant & basse) fête en 2010 son 25ème anniversaire sanglant, en tournant là où les fidèles ne les ont pas oubliés. Les kilos en trop sont pour De Niro et bibi.