Puisant avec une fraîcheur musicale dans le répertoire sans fond des "sea chanties" et autres topiques chantés des classes populaires, la première mouture des Watersons alors dans leur vingtaine (les soeurs Norma et Elaine (Lal), le frère Mike et le cousin John Harrison qui quittera le groupe en 1966) est en 1965 au seuil d'une gloire nationale. Derrick Knight, avec peu de moyens et dans une réalisation proche du meilleur "cinéma-vérité" les suit entre leur riante cité d'origine de Hull dans le East Yorkshire (dans l'estuaire de la Humber, à 40km de la Mer du Nord) et Londres pour un concert dans un de ces clubs de Soho où le folk-revival bat alors son plein. Le détail de la réalisation du documentaire est disponible dans une interview avec Derrick Knight ici.
L'intégrale des 45 minutes du film paraîtra sur un DVD accompagnant le coffret de quatre disques-compacts Mighty River of Song qui retrace l'histoire et les différentes incarnations des Watersons entre 1965 et 2001.

Quelques maigres extraits dans le désordre. Ca clope, ça picole, ça boit du thé, ça chante, ça fait la route dans un van pourri, on aperçoit la jeune Anne Briggs (pure chanteuse fabuleuse elle aussi du folk briton ; une autre histoire), quelques figures emblématiques du revival (Louis Killen, ...) ; les soeurs Watersons ont la beauté austère et surtout un charisme pas possible, Mike a des dents en moins, John Harrison - séquence non visible dans les extraits proposés ci-après - met un album des Rolling Stones sur la platine en rentrant de tournée (faut bien ça, et ça montre aussi que ces gens restaient également des djeunes de leur temps ma bonne dame) ; c'est aussi l'Angleterre sixties d'à côté des merveilles pop. Bref y a de la vie et des chansons, et c'est bien ...




En 2006, un documentaire de la BBC4, Folk Britannia, propose des extraits du documentaire de Derrick Knight pour étayer son histoire du revival folk et du développement du folk-rock britanniques. "In extended", l'extrait ci-dessous nous donne également à voir quelque mesure du talent de la sus-mentionnée Anne Briggs, notamment expliqué par Martin Carthy (autre figure clé du folk briton, qui fera lui-même partie des Watersons et épousera Norma en 1972 ) ...


Appendice :
On ne peut conclure cependant ce billet sans évoquer Lal Waterson, qui prendra toute sa dimension d'immense chanteuse et songwriter (trop rare) par delà l'idiome folk-trad. dans les années et décennies suivantes (jusqu'à sa disparition précoce en 1998). Elle signe et interprète des morceaux poignants sur l'album (pas encore réédité officiellement à l'heure de ce billet) Bright Phoebus (1972) publié sous le nom de Lal & Mike Waterson, disque remarquable aux frontières et en-deça du folk, folk-baroque, folk-rock et pur songwriting, et qu'on a coutume de désigner comme "le Sergent Pepper's brit-folk ... Ses deux albums Once in a blue moon (1996) et Bed of roses (1999, posthume) en compagnie de son guitariste de fils, Oliver Knight, sont d'une beauté et d'une intemporalité qui vous accompagneront longtemps. A noter, parmi d'autres hommages ou compilations, que plusieurs générations de songwriters et interprètes inspirés tels Vashti Bunyan, Adrian Crowley, King Creosote (et nombre d'autres) ont reconnu son influence et la magnificence de son art en reprenant ses morceaux sur le tribute album paru en 2007 chez Honest Jon's : Migrating bird - The songs of Lal Waterson''.