Pas un déchet dans leur discographie relativement courte mais intense. Vous connaissez sûrement le morceau She's not there (juin 64 !), incontournable de nombre de compils fourre-tout sixties ; et, si vous êtes fan des guitaristes moustachus à tee-shirts horribles, repris par Santana Carlos avant que sa mixture latino-rock ne tourne à la fusion vomitive.
Pourtant, les Zombies n'ont pas eu la gloire grande échelle qui leur était due. Pas de destin rock'n'roll tragico-fashion ici. La flamboyance est toute dans l'alchimie musicale : un chanteur exceptionnel (Colin Blunstone, dont on ne saurait que trop vous recommander les deux premiers albums en solo - One year (1971) et Ennismore (1972) -, une paire de compositeurs-intrumentistes de haut vol (Rod Argent, claviers & choeurs, et Chris White, basse & choeurs), un batteur et un guitariste de la plus grande finesse musicale ; plus encore, des chansons impérissables (avec des vrais ponts dedans, ce secret perdu), belles à pleurer comme un amour naissant ou finissant.
Une fraîcheur d'ensemble intacte en deça de toute date de péremption menaçante, des influences rhythm'n'blues et jazz parfaitement intégrées et maîtrisées : nous sommes dans le très haut de gamme. Un art majeur des accords mineurs, comme dirait l'autre. Et pour l'anthologie ici évoquée - enregistrements de juin 1964 à octobre 1966 - concentré dans des formats le plus souvent de deux minutes et des poussières d'étoiles.
J'ai beau avoir écouté leurs morceaux 5239 fois, j'ai toujours l'impression de les redécouvrir à chaque audition. Remarque banale, mais révélatrice du pouvoir émotionnel véhiculé. Tiens, prenez Whenever you're ready, Leave me be, Indication, I'll call you mine ou encore Gotta get a hold of myself (et puis quasi toutes leurs chansons en fait !), et vous verrez des Emma Peel partout ... Et plus encore, rassurez-vous ; vous n'êtes pas obligés de vous croire à l'automne 1965 pour apprécier cette musique.
Ace Records étant une maison sérieuse, les mixes stéréo ici présents ont été créés en 2002 par Alec Palao (ex-bassiste esthète des Sneetches pour ceux à qui cela évoque quelque chose, et spécialiste es-sixties), dans le but de donner une perspective nouvelle sur des morceaux mixés directement à l'époque en mono. Standards des productions d'alors, et par ailleurs remarquablement bien enregistrés dans le cas des Zombies, les mixes mono d'origine sont disponibles sur l'indispensable coffret Zombies Heaven. Les mixes stéréo de The Decca stereo anthology sont évidemment tout à fait respectueux de la musique des Zombies. Pas de traficotage à deux balles ici ! Juste une ouverture panoramique de choix pour déguster encore un peu plus les subtilités musicales à l'oeuvre.
Bref une anthologie indispensable sur la première période des Zombies, qui regroupe leurs singles et l'album Begin here dans un enchantement pop totalement addictif ... A prolonger bien sûr par l'écoute de cet album magique que demeure pour l'éternité (rien moins !) Odessey & Oracle (1968), le chant du cygne des Zombies avec quelques autres titres de même calibre. Dont il faudra bien qu'on reparle une autre fois ...