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CINÉMA

Films vus, aimés ou pas, présents ou passés...

Fil des billets

dimanche 9 janvier 2011

Le Quattro Volte, une vive déception

lequattrovolte.jpg Je suis très déçu par ce film : des sujets magnifiques (la Calabre et ses paysages, les chèvres, les charbonniers) et très adroitement filmés (les images sont magnifiques, là n'est pas le soucis) mais, pourquoi ce scénario qui fait passer le tout pour un mauvais documentaire télévisuel, genre "plutôt que de vous abrutir avec la vie de ce village, on vous propose cette petite mise en scène, ou mise en situation sympathique" ? Non, vraiment dommage et c'est pour cela que ça m'énerve.

jeudi 9 septembre 2010

La bocca del lupo (Pietro Marcello)

La_Bocca_del_Lupo.jpg J'ai vu ce film surprenant et magnifique cet été. Cela fait quelques temps que je repousse le moment de vous en parler car je souhaitais, pour une fois, écrire un petit mot qui dise autre chose que "c'est magnifique". Mais je ne vois guère que dire de plus, qui soit à la hauteur de ce que j'ai pu ressentir en voyant ce chef d'oeuvre (il n'y a pas d'autres mots).

Je pourrais néanmoins tout simplement essayer de vous présenter le film. Comment le classer ? Une fiction ? Pas vraiment... Un documentaire ? Oui, si l'on admet que ce n'est pas une fiction. Mais le terme de documentaire est parfois un peu réducteur. Le film a néanmoins été primé au festival Cinéma du Réel 2010. Un poème ? Oui, aussi. Poème de l'image, du son, de la musique.

L'histoire ? Une histoire d'amour... Entre un gangster sorti de prison et un transsexuel. Enfin, c'est la trame, le fil conducteur. Au départ, le film est une "commande" d'une fondation Jésuite de Gênes qui porte assistance aux sans abris, clochards, marginaux de la ville. Un film pour montrer le monde à qui s'adresse cette fondation. Donc c'est aussi un film sur Gênes, son passé de grand port industriel, son présent (la désindustrialisation, la misère) hanté par les souvenirs du passé. Enzo (le gangster) est le fils d'un vendeur de rue, survivant d'un sous-prolétariat aujourd’hui disparu, nous confie l'auteur. Il a passé plus de la moitié de sa vie en prison. C'est là qu'il a rencontré Mary, transsexuelle, ancienne toxicomane et prostituée. Et c'est ainsi que petit-à-petit est née leur histoire. Une longue histoire d'amour, d'abord épistolaire. Mais raconter tout cela, ce n'est rien dire du film... ou si peu.

Le début du film nous plonge dans Gênes et ses quartiers déshérités. La nuit, souvent. Des formes, des anonymes et puis une voix off, grave - celle d'Enzo. Petit à petit son, histoire se dévoile, illustrée par des collages, des extraits de films divers, des photos, voire des textures et des tons (ah, ces images magenta !). Une autre voix off cite de larges extraits d'un livre de Gaspare Invrea (La Bocca del luppo, qui donne donc son titre au film) publié en 1892 et parlant des exclus qui "traversent des lieux disparus, descendant des rampes et remontant des pentes reculées où repose l'obscurité." Vient ensuite la voix-off de Mary, qu'on ne verra qu'assez tard dans le film. Et puis vient cette séquence magnifique où ils sont filmés ensemble, face à la caméra. Mais pas de sentimentalisme ou de voyeurisme dans La bocca del lupo. Pas de mélancolie non plus. Enzo et Mary y sont fiers et toujours tournés vers l'avenir, leur rêve : "Une maison à la campagne avec un jardin potager et peut-être une véranda avec un banc où on pourrait se serrer pour regarder l'horizon, avec nos chiens autour."

Au final, une sublime oeuvre poétique, pleine d'humanité et de sincérité. Et pour moi l'un des plus beaux films vus ces dernières années.

jeudi 24 juin 2010

Les moissons du ciel (Terrence Malick)

moissonsciel.jpg Un de ces films où il est difficile de gloser... C'est un film à voir, tout simplement. Les images sont merveilleuses, la lumière "magique", les paysages et la nature sublimes, comme souvent avec Terrence Malick. En sortant, j'ai pensé à Thoreau, à la place de l'homme dans la nature - sa juste place ? En tout cas, c'est un film très américain, et donc biblique. C'est un peu le paradis (le paradis perdu), corrompu par les passions et la nature humaine, l'appât du gain, le progrès technique...

En tout cas, c'est bien la nature qui joue le rôle principal et essentiel de ce film. Les champs de blés, filmés à toute les saisons, habités d'animaux que Malick filme en gros plan, juste avant que ne commence la moisson, qui vient perturber l'ordre des choses... jusqu'à l'Apocalypse (l'invasion des sauterelles).

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lundi 14 juin 2010

Mammuth (Gustave Kerven & Benoît Delépine)

mammuth.jpg J'ai beaucoup aimé le précédent film du duo, Louise-Michel : drôle, socialement et politiquement non correct, plutôt percutant dans le délire. Mammuth est tout aussi réussi, mais plus émouvant, plus touchant. Techniquement, il est à contre-courant de son époque : à l'heure du grand saut dans le numérique, le film a été tourné en 8mm, donnant ainsi une image un peu tremblotante mais très poétique. Enfin une image qui n'est pas lisse ! Le film repose sur Gérard Depardieu qui, je dois le reconnaitre, est vraiment excellent dans ce film. Il faut le voir, avec sa stature imposante (renforcée par la manière de filmer) et ses cheveux longs. Un géant doux comme un agneau, qui semble totalement perdu et même "con" ! Pour l'anecdote, le film serait né d'un rêve de Benoît Delépine : Gérard Depardieu avec les cheveux longs, chevauchant une moto aussi mastoque et impressionnante que lui : la Münch Mammuth, une moto allemande des années 60 reposant sur une idée simple : un moteur de voiture dans un cadre de moto. Et l'histoire ? Un road-movie, une balade vers le passé ou comment se réconcilier avec ses fantômes et son présent en revenant sur les lieux de sa jeunesse. Le film tient aussi par tous ses "seconds" rôles. Les femmes d'abord : l'amour présent (Yolande Moreau) et l'amour perdu (Isabelle Adjani), l'amour de passage, voleur (Anna Mouglalis) et l'amour "familial" (?) avec Miss Ming dans le rôle magnifique de la nièce déjantée. Notons aussi la participation de Dick Annegarn, sublime en gardien de cimetière. Le paysage enfin, celui des Charentes (les deux départements) et de Royan (pas en été). Bref, ce film est un vrai plaisir rafraichissant...

lundi 3 mai 2010

Come Back Africa (Lionel Rogosin)

backtoafrica.jpg

Carlotta Films a eu la bonne idée de ressortir sur grand écran (et aussi en DVD), deux films magistraux de Lionel Rogosin : On the Bowery (1956) et Come Back Africa (1959). J'avais eu la chance de voir le premier il y a trois ans, lors du Mois du Documentaire. Aussi, j'ai été voir Come Back Africa et ce film m'a enthousiasmé.

Comme son prédécesseur, Come Back Africa est une fiction-documentaire (ou l'inverse) ; Rogosin a été fortement inspiré par Robert Flaherty (l'auteur de Nanouk l'esquimau). Il met en scène un homme, confronté à une situation nouvelle qu'il ne connait pas. Ici, il s'agit de Zacharia, zoulou "chassé" de sa terre par la faim et débarquant à Johannesburg en tant que mineur. Il découvre la ville et surtout, l'apartheid. Le film a été tourné clandestinement (le prétexte officiel était de faire un film sur la musique sud-africaine), sur place, avec des acteurs non professionnels. Les images sont superbes et les plans qui se répètent (l'arrivée des travailleurs noirs dans la ville le matin, les scènes de chansons et de danses, la ville presque déserte le soir) donnent au film un rythme entêtant qui va crescendo, jusqu'au flash-back de la fin.

Lionel Rogosin, héritier d'un important chef d'entreprise textile, a été marqué par la Seconde Guerre Mondiale. Il décide de se consacrer au cinéma dont il se sert comme d'un instrument de dénonciation et de résistance. Dans Come Back Africa, le propos n'est pas uniquement la dénonciation de l'apartheid (dont presque personne ne parlait à cette époque) : c'est aussi une charge contre l'impérialisme, la domination économique, la ville dans laquelle les hommes perdent leurs racines. Mais le propos de Rogosin n'est pas de susciter la pitié ; son regard est lucide, dénonçant tout aussi bien le racket et la violence entre noirs du ghetto ou montrant des "blancs" qui tentent, sans grands moyens autres que les discours, de ne pas se laisser aller aux idées de l'apartheid.

Surtout, il montre des hommes qui résistent, c'est-à-dire qui restent debout et fiers, qui réfléchissent et commencent à prendre conscience qu'ils doivent s'organiser, comme dans cette taverne clandestine du ghetto, où les discussions sont animées et se terminent par la danse et la chanson. Apparait alors Miriam Makeba - alors jeune et peu connue - qui interprète deux chansons (dont Into Yam) dans lesquelles se trouve résumé le propos du film : la vie est tragique et injuste (ainsi le destin de Zacharia), mais rien ne peut arrêter la résistance.

Un film remarquable, tant par son propos que par sa réalisation !

mardi 27 avril 2010

Amour rue de Lappe / Et la vie (Denis Gheerbrant)

dg1.jpg Les éditions Montparnasse ont sorti en 2009 deux coffrets DVD consacrés à l'œuvre méconnue de Denis Gheerbrant. Le premier coffret, dont sont issus les films Amour rue de Lappe et Et la vie s'intitule l'arpenteur : car Denis Gheerbrant est avant tout en voyageur. Il filme seul, avec sa caméra et son magnétophone, sans équipe avec lui. Ce qui donne à voir souvent ce "geste" magnifique de la caméra qui s'avance comme pour tendre l'oreille et écouter ce que les personnes qu'il rencontre disent. La caméra est son regard, réellement, et non un instrument par lequel un réalisateur essaye de nous faire partager sa vision. Ainsi, le début d'Et la vie : il est à un carrefour ; son regard suit un homme qui passe, puis une voiture allant à contresens permet de rebalayer le champ. C'est tout bête, tout simple, mais c'est tellement "juste". Voilà déjà les premières raisons pour lesquelles je suis tombé sous le charme de ses documentaires.

Mais j'aime aussi les histoires qu'il raconte. Denis Gheerbrant va au devant des gens, des petites gens comme on dit parfois, de ceux qui sont laissés à l'abandon par l'irrémédiable marche en avant du "progrès", de ceux qui en paient le prix mais qui restent debout, toujours, et plein d'espoirs. Voilà la grande force de son cinéma : la parole, jamais intrusive, et surtout non classifiée et non mise en scène, genre "et maintenant, dans la catégorie des laissés pour comptes, voilà le jeune chômeur du Nord".

Comme je ne parle pas très bien de tout cela, je vous invite à lire cette chronique du site Kinok.com, dont je partage le point de vue.

Un dernier mot sur Amour rue de Lappe : je me souviens aussi d'avoir connu ces petits cafés, à peu près à la même époque (milieu des années 80), juste avant que le quartier ne perde son côté populaire et se transforme en lieu "branché". Je n'y ai pas trainé souvent (ben oui, j'habitais la banlieue, c'était loin), mais j'ai encore en bouche le goût vraiment exquis des "jaunes" qui y étaient servis et cette ambiance si chaleureuse. Ça m'a fait bien plaisir de me replonger dans ces doux souvenirs.

mardi 20 avril 2010

Le bonheur (Agnès Varda)

bonheur.jpg Cela fait bien presque trois ans que j'ai acheté ce dvd, et je ne l'avais jamais visionné. Peut-être étais-je comme "effrayé" du résumé de l'histoire, moi qui me sentait alors nager dans le bonheur. Ce résumé est pourtant bien "partiel" et "partial". Il m'est assez difficile de parler de ce film, à part pour énoncer quelques idées simples : couleurs superbes (la lumière en générale dans ce film est magnifique), beauté champêtre (ah les pique-niques familiaux), banlieue en mutation, femmes lumineuses, superbes images et travail de montage, acteurs irréprochables... Bref, n'en jetons plus : c'est pour moi l'un des plus beaux films d'Agnès Varda. Et comme je ne sais vraiment pas en parler, je vous encourage à lire cette courte interview, qui je l'espère, vous donnera envie de le voir.

le bonheur peut-il s'additionner ?

mardi 13 avril 2010

Le mépris (Jean-Luc Godard)

lemepris.jpg Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Ah non, ce n'est pas cela que je voulais écrire. Longtemps, je n'ai pas aimé ce film de Godard, que je nommais en moi : l'Ennui... Et puis je l'ai revu récemment et en suis devenu presque dingue (presque, car il ne faut quand même pas abuser). Il fallait juste que le temps fasse son effet, que l'expérience du mépris infuse : mépriser/être méprisé, se méprendre, aimer/ne plus aimer, se méprendre encore, être aimé/ne plus être aimé, se méprendre toujours, chercher à expliquer ce qui ne peut ni ne veut s'expliquer... Je m'égare, quoique... Film magistral donc : osons les grands mots, osons ! Non, n'osons pas... Film clé plutôt, dans mon petit cheminement. Lumière. Décors (ah, la villa Malaparte ! Capri ! La méditerranée : eau si bleue cernée de rochers...). Lumières d'Italie. Vide (avez-vous remarqué que tout semble désert autour des personnages ?). Femme. Belle et sans cesse métamorphosée. Musique (elle a beau être archi connue, elle est ici à sa place). Se vêtir/se dévêtir. Aimer/ne plus être aimé. A s'y méprendre... Lumières d'Italie. Et le vide, qu'habite la musique, mais comme une musique intérieure seulement.

Et le film de citer Dante :

Déjà la nuit contemplait les étoiles
Et notre première joie se métamorphose vite en pleurs
Et jusqu'à ce que la mer se fut refermée sur nous

Et laissons le mot de la fin à Alberto Moravia :

J'ai remarqué que plus on est envahi par le doute, plus on s'attache 
à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement
ce que le sentiment a rendu trouble et obscur.

lundi 12 avril 2010

La comédie du travail (Luc Moullet)

comedietravail.jpg Sorti en 1987, La comédie du travail est une comédie sur le chômage, vu pas Luc Moullet : c'est déjanté, absurde et comique. A la manière d'un Chaplin (osons !), Luc Moullet créé des personnages et des situations caricaturales : un chômeur "professionnel" qui ne veut surtout pas trouver de travail ; un employé qui se retrouve au chômage et c'est la honte suprême pour lui et sa femme (elle aurait préféré qu'il eût une aventure) ; une employée de l'ANPE qui s'est mise en tête d'éradiquer tout le chômage ; son chef qui la tance : si vous trouver du travail à tous les chômeurs, ça ne va pas aller du tout ; et sans compter tous les rôles secondaires et tous les petits détails (l'achat du stylo, la guerre ANPE-ASSEDIC, ...).. Ajouter à cela la rencontre de ces caricatures : l'employée de l'ANPE qui tombe amoureuse du chômeur professionnel et lui trouve illico un emploi, au nez et à la barbe de l'employé, qualifié pour le poste.
Un film malicieux et subversif (Luc Moullet quoi !), qui n'a pas vieilli, malgré l'économie de moyens.

(Le Centre Georges Pompidou a eu la bonne idée de programmer une rétrospective Luc Moullet en mai 2009. Vous pouvez regarder ici la présentation de la Comédie du travail, par Luc Moullet et Sabine Haudepin - l'employée de l'ANPE).

dimanche 11 avril 2010

ajami (Yaron Shani et Scandar Copti)

ajami.jpg Ce film israélien est assez remarquable : forme et fond parfaitement maitrisés, acteurs justes (ce ne sont pas des acteurs professionnels, précisons), images, décors, lumière(s), bande son excellents. C'est un film à plusieurs niveaux de lectures. D'entrée, de part son histoire - à Jaffa, banlieue de Tel Aviv - nous sommes plongés dans le quotidien des différentes communautés présentes : palestinienne, juive et chrétienne. Mais tout est complexe et si l'appartenance à telle communauté ne joue pas un rôle dans le déclenchement de la tragédie (le point de départ de l'histoire est un règlement de comptes entre palestiniens ; un homme meurt, non parce qu'il est juif mais à cause d'une querelle de voisinage, etc.), elle en devient vite le moteur qui l'alimente, faisant ressurgir toutes les blessures, à laquelle s'ajoute la détresse sociale et économique des palestiniens et les brimades quotidiennes (check point par exemple). Mais la grande force d'ajami est justement de ne pas être qu'un film sur le conflit israélo-palestinien ; c'est un film noir parfaitement réussit : l'histoire pourrait se passer n'importe où toutes ces conditions sont réunies (misère et galère, trafics, règlements de comptes, communautés, haines ancestrales...). Le rythme est enlevé et nerveux ; les auteurs tissent la toile de différentes histoires qui se rejoignent ; le tout sans aucun excès (comme la mode actuelle où tout s'enchaine à une telle vitesse qu'on ne finit par plus suivre) : juste ce qu'il faut pour servir l'histoire, pour faire monter la tension, jusqu'au dénouement, noir de chez noir... Un vrai petit bijou de cinéma !

samedi 10 avril 2010

Le dos au mur (Jean-Pierre Thorn)

dos100.jpg Le dos au mur, trop vite qualifié de cinéma militant, est un magnifique documentaire qui raconte les huit semaines de la grève de l'Alsthom de Saint Ouen, en 1979. Pour comprendre ce film, rappelons un instant que Jean-Pierre Thorn, après un premier film Osez lutter, oser vaincre (tourné en mai 68 aux usines Renault) est devenu un établi : pour fuir la rhétorique stérile des discours, il plaque tout et se fait engager O.S. à Alsthom, où il restera jusqu'en 1978. C'est à l'appel de ses anciens copains (le terme est mis en avant, plutôt que celui de camarades, trop connoté) qui entament une grève en 1979 qu'il revient avec sa caméra et une équipe légère, filmer le quotidien de ce mouvement. De l'intérieur ou de l'extérieur, de jour comme de nuit, il filme les enthousiasmes du début (enthousiasmes réels mais fragiles et lucides), comme la mise en place de l'occupation, l'invasion de la Bourse, la réoccupation après l'intervention des CRS, mais aussi les doutes devant le rapport de force inégal. Le film fait le constat - terrible - que les travailleurs, les ouvriers, sont systématiquement poussés à la violence, le dos au mur (même si aucune violence n'est à déplorer lors de ce mouvement, hors celle de la réaction des patrons après la fin de la grève). Henri Onetti, l'un des protagonistes de cette grève dit ainsi : je ne donnerai peut-être pas le premier coup de fusil mais je donnerai certainement le deuxième.
Si l'on sent donc dans ce film poindre l'amertume qui gagne la classe ouvrière, en cette fin de décennie (amertume face aux syndicats et aux politiques - qu'ont-ils fait pour soutenir le mouvement ?), le Dos au mur n'est pas uniquement le récit de ce désenchantement. La force de ce film est de donner la parole aux ouvriers, de filmer leur fierté, leur appropriation de la lutte, de l'usine, loin de tout dogmatisme (comme Osez lutter, osez vaincre) et leur lucidité (nous n'avons aucun modèle à suivre dans le monde). A l'opposé des procédés journalistiques "modernes" (cf le soi-disant travail journalistique des Infiltrés), la caméra de Jean-Pierre Thorn ne se cache pas : elle ne se contente pas de montrer, de témoigner ; elle nous parle et revendique son rôle partisan. Le travail de montage est super et la bande son soignée et subtile, même si certaines chansons écrites pour le film semblent avoir mal vieillies. La version de l'Internationale, jouée à la Hendrix, est particulièrement bien venue (comme je souligne Jean-Pierre Thorn, ça peut paraitre dérisoire aujourd'hui, mais en 1979, c'était "révolutionnaire" !).
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jeudi 8 avril 2010

Dersou Ouzala (Akira Kurosawa)

dersou2.jpg Ce n'est pas le film le plus connu de Kurosawa. En tout cas, c'est de loin mon préféré, pour deux raisons essentielles. La nature d'abord : Kurosawa filme d'une manière sublime la taïga sibérienne, à différentes saisons. Ces paysages infinis, rudes et beaux, constituent l'un des personnages principal de ce film. La deuxième raison, c'est ce petit homme - Dersou ! - si attachant et si émouvant. Dersou le malin, l'astucieux, l'homme qui personnifie le mieux la taïga. Il est la clé qui permet de l'appréhender, de la découvrir, d'y survivre même (ah la scène de la tempête de neige). Dersou est le symbole de l'adéquation (et de l'attachement) de l'homme à son milieu naturel. Loin de la forêt, il dépérit et malgré l'annonce de sa fin proche (il décline après avoir tiré sur Amba - le tigre, l'esprit de la forêt ), c'est au milieu de son monde qu'il choisit de retourner pour y finir ses jours. On peut voir aussi dans la fin du film une critique de l'urbanisation, symbole et de l'éloignement de l'homme à la nature : la tombe de Dersou est détruite, comme les arbres qui l'entourent, pour faire place à l'édification d'une ville.
Ce film, sorti en 1975, est tiré du récit autobiographique (et très connu en Russie) de Vladimir Arseniev. Kurosawa fait de cette très belle histoire une très belle ode à la nature.
(pour tout savoir sur Dersou - le livre, le film, allez voir du côté de dersuuzala. Il y a quelques photos du vrai Dersou ! Je recherche une bonne âme pour traduire en français ce site... Avis aux russophones).

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dimanche 4 avril 2010

Paris, Texas (bis & sacrifice)

paristexas3.jpg Depuis le temps que je voulais revoir ce film ! Je comprend mieux pourquoi son atmosphère m'est revenue au début de l'année : c'est un magnifique film sur l'abandon et la disparition - même si l'histoire raconte un peu l'inverse, un homme renait à la vie comme dit le synopsis. Avec derrière, la question du sacrifice, du don de soi. Tout le monde se sacrifie dans cette histoire, pour le bonheur de l'autre (?)... C'est un film très judéo-chrétien finalement, en plein dans le mille avec cette période de Pâques. Reste ces images, les premières du film, de Travis marchant dans le désert.
L'émotion n'est pas passée avec le temps : elle renaît, différente et plus forte, car portée non pas seulement par les couleurs et la musique, mais par des questions centrales pour moi en ce moment...

mardi 2 mars 2010

Running on Empty (à bout de course)

aboutdecourse.png L'avantage quand on s'est donné pour contrainte de faire court est que l'on peut masquer facilement que les mots nous manquent. C'est le cas pour ce film, vu hier soir. Voici une critique de Mathieu Macheret (critikart) un peu bavarde (comme toute critique) mais assez juste.
Un film plein d'émotions et de grâce qui m'a touché profondément.

samedi 27 février 2010

Le temps des grâces

tpsgrace.jpg A contrechant de la trilogie de Depardon ("Profils Paysans"), qui filme avec pudeur l'intimité d'un monde qui disparait, Dominique Marchais fait parler les paysans (anciens ou nouveaux, bios ou adeptes du productivisme - sans illusions), les agronomes, les biologistes, les romanciers. Mieux, il fait parler le(s) paysage(s) et la terre. Un film très intelligent qui, sans polémiques stériles (seule la terre est stérile et morte), sans jugements de valeurs, et avec une pédagogie simple et par l'exemple, pose la bonne question (où tous semblent se rejoindre) : y-a-t'il une réelle volonté politique de s'opposer aux lobbies de l'agro-alimentaire (évitons de parler du "système") et de préserver la richesse issue de l'agriculture, la richesse de la terre ?

  • plus d'infos et de ressources sur le site de la maison de production, Capricci
  • lire aussi l'article du Monde

jeudi 25 février 2010

L'amour à mort (Alain Resnais)

amouramort.jpg Très emballé par Je t'aime, Je t'aime, j'ai été voir l'Amour à Mort. J'y ai été plutôt déçu : pas tant par le propos (traité d'une façon un peu "simpliste" ?) ou le jeu sans grande conviction des acteurs, mais par le manque d'inventivité, si l'on excepte les plans coupés régulièrement par une image de neige tombant dans la nuit. La bonne surprise de ce film est la musique de Hans Werner Henze.

lundi 22 février 2010

Je t'aime, Je t'aime

Je_t_aime_je_t_aime.jpg Fable surréaliste, comique (Claude Rich y est excellent) et tragique, sur le temps qui "dévore" un couple, ce film d'Alain Resnais au récit complètement déstructuré interroge le souvenir, la mémoire, l'inconscient, confrontés ou plutôt torturés par le manque de la personne aimée. Tu me manques à m'en rendre fou, tu me manques à en crever, voilà ce que raconte ce film...

dimanche 21 février 2010

On ne trouve pas Dieu à la Bibliothèque Nationale !

moulletrapport.gif Après avoir cherché Dieu à la B.N. (suite à une erreur de l'ordinateur de la banque), l'hilarant Luc Moullet fait du vélo et surtout interroge l'évolution de la sexualité dans l'après 68.

en savoir plus avec drame.org
extrait(s) d'Anatomie d'un rapport, film de Luc Moullet (1975), sur Youtube (suivez le fil).

mardi 16 février 2010

Eternel Sunshine of the Spotless Mind

Eternal_Sunshine.jpg Revu avec grand plaisir et émotion ce film de Michel Gondry, toujours sur ces mêmes thèmes qui me hantent : mémoire, souvenirs, amour. J'aime beaucoup cette fantaisie, imparfaite, sentimentale et intimiste et le choix du tube des Korgis, Everybody's Got to Learn Sometime (reprise par Beck) est une marque de goût !

et profitons en, pour perfectionner notre anglais, pour lire le poème d'Alexander Pope dont est tiré le titre du film : Eloisa to Abelard

lundi 15 février 2010

Je suis un homme qui dort

hquidort.jpg Il m'est assez facile de m'identifier à cet homme qui dort. Qui a déjà vécu de tels moments d'effacement, d'errements, d'isolement, de doutes et de questions me comprendra. Je connaissais le livre, le film est magnifiquement entêtant, donnant une vie à cette absence. Bonne soirée, commencée par un mini concert d'Arnaud Flaurent Didier au pied de l'écran.

samedi 13 février 2010

La terre de la folie (Luc Moullet)

TerreFolie.jpg Dans un polygone autour de Digne, Luc Moullet fait de la folie meurtrière et irrationnelle un film burlesque et fort réjouissant.

voir la Bande annonce
en savoir plus avec Critikat ou Le Monde

samedi 6 février 2010

Suis-je trop sérieux ?

cohen_sm.jpg C'est la première fois que je m'ennuie à ce point devant un film des frères Cohen. Je ne devais pas être de bonne disposition...

lundi 1 février 2010

Welcome

welcome.jpg Je n'avais pas voulu aller voir ce film au cinéma au moment de sa sortie, malgré le thème intéressant et la polémique autour de sa sortie : les bons sentiments ne font pas forcément les bons films. Et bien j'ai eu tord ! C'est un film très intéressant à regarder, au delà de l'émotion de l'histoire ; c'est pas du tout larmoyant et indigeste, plutôt assez cru et direct, bien réalisé et magnifiquement interprété (et pourtant je n'aime Vincent Lindon).

samedi 30 janvier 2010

La vida no vale nada

limitscontrol.jpg Comme dans la vie, il ne se pas grand chose dans The Limits of Control - à part ces petits rites que nous ne voyons même plus - le tout comme dans un rêve : lumières, musiques et paysages splendides, sentiment d'une absurdité ambiante quasi générale. Bravo M. Jarmusch.

vendredi 29 janvier 2010

La fille dans la vitrine

Fillevitrine.jpg Ce film m'a bien ému, par son histoire, ses personnages, mais aussi par ses magnifiques images. Vous pouvez en savoir plus en lisant l'avis du ciné club de Caen.
En bonus, l'affiche italienne du film :
fille_vitrine2.jpg

lundi 18 janvier 2010

Les LIP, l'imagination au pouvoir

lip.jpg Excellent documentaire sur le mouvement social emblématique des années 70, qui donne la parole aux acteurs et nous fait revivre cette belle utopie (et un petit coucou à Baru qui a dessiné l'affiche).

vendredi 15 janvier 2010

Paris, Texas

paristexas.jpg Depuis quelques jours je repense beaucoup à Paris Texas, que je n'ai pas vu depuis... 20 ans peut-être ? Les images et scènes du film me reviennent par bribes, la couleur aussi. Toute l'atmosphère de ce beau film de Wenders, cinéaste qu'il me faut redécouvrir au plus vite.

mardi 22 décembre 2009

Lettre à la prison (Marc Scialom)

Lettre_a_la_prison.jpg Ce film qui a failli finir dans une poubelle est bien plus qu'un témoignage sur l'immigration à la fin des années 60 : c'est une merveille poétique, allégorique et je n'ose penser à ce que Marc Scialom aurait fait s'il avait eu les quelques moyens qui lui manquaient.



samedi 19 décembre 2009

Nos meilleures années

nma.jpg Je n'aime pas l'expression mon film préféré... J'en préfère tellement ! Mais celui-ci occupe une place de choix dans la longue liste. Je ne me lasse pas de le revoir, malgré les six heures et, à chaque fois, je tombe sous le charme (pas uniquement des italiennes !).