mon dieu a le parfum de l’orange de Sicile, un goût rond comme les grains de sel d’avoine, 
une voix méditerranéenne perchée haut dans la chaleur du midi, un corps flouté par les 
oscillations des nuages épars, et sa main pétrit mes rêves, mon pain quotidien d’épices 
aux saveurs multicolores

mon dieu n’a pas d’ombre ; il épouse toutes les ombres courbes que j’embrasse, 
son regard est comme le vent indispensable aux ondes radiophoniques, ses yeux 
sont les paroles du matin qui se perdent aux miroirs des salles de bain

mon dieu est un étranger sans domicile fixe et sans papiers, il ne sait qu’écrire à l’encre 
des courbes des corps de femmes, ses mots sont des épaules, des hanches, des fesses, 
un ventre rond se prélassant sous des seins transatlantiques, il habite l’espace de mes 
mains qui brassent l’air iodé, il travaille au noir de l’encre de seiche dans le jardin de 
mes souvenirs à la peau de pêche

mon dieu se consume dans la cheminée, sa chaleur fait fondre le gel, le beurre, 
les primevères et les krocus deviennent des forêts quand je cligne de l’œil en l’écoutant 
chanter, de sa voix haute perchée, la chaleur de mon sommeil

mon dieu jamais ne me réveille

mon dieu se prélasse comme j’embrasse, maladroitement mais jamais je ne mens, 
et l’air et l’eau dont mes lèvres ne se lassent, m’habillent d’une douce peau d’enfant

mon dieu est un zèbre ou un sanglier, peu importe sa forme il est tigre de Sibérie, 
ou un escalier de pierre, une ville ouverte sur la mer, un pis rempli de vaches qui rient 
- dans toutes les langues, mon dieu comme j’aime tes paroles de mangues

mon dieu n’est ni présence ni absence, point besoin de le prier, il danse, il n’a rien à offrir, 
à donner, peu lui importent justice et lâcheté, il n’est que ce petit arbre, ce mirabellier 
dont les fruits trahissent son unique vérité

mon dieu est comme un chant dans l’eau, qui court dans le village aux mille canaux, 
il infuse comme le thé vert du printemps, sa douceur me saisit et me fait frissonner 
d’un plaisir chaque fois renouvelé

mon dieu n’est pas un dieu, juste le kaléidoscope de mes yeux fermés pour mieux l’entendre, 
le parfum de l’orange de Sicile que tu tiens entre mains ; mon dieu n’est rien : c’est là sa force

mon dieu ment comme je respire, c’est pour cela que j’aime sa compagnie, 
c’est un zèbre de Sibérie que l’on croise dans le haut Vallespir

mon dieu n’est rien qu’un mot qui vient quand je suis nu
mon dieu est nu, tout ce que mon corps nu – et toujours flou – me promet, me compromet, 
mon dieu est flou mon cœur se tait

mon dieu est ma nudité, fragile imprudence dans l’hiver pudique
et le silence du givre qui m’étreint