L’automne me mange sa feuille dans la main : nous
     sommes amis.
Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :
le temps retourne dans l’écale.

Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi,
la bouche parle sans mentir

Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.

Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent
depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.

Il est temps.

Paul Celan, traduction Jean Pierre Lefebvre. © Editions Gallimard, 1998, pour la traduction française Collection « Poésie Gallimard »