La_Bocca_del_Lupo.jpg J'ai vu ce film surprenant et magnifique cet été. Cela fait quelques temps que je repousse le moment de vous en parler car je souhaitais, pour une fois, écrire un petit mot qui dise autre chose que "c'est magnifique". Mais je ne vois guère que dire de plus, qui soit à la hauteur de ce que j'ai pu ressentir en voyant ce chef d'oeuvre (il n'y a pas d'autres mots).

Je pourrais néanmoins tout simplement essayer de vous présenter le film. Comment le classer ? Une fiction ? Pas vraiment... Un documentaire ? Oui, si l'on admet que ce n'est pas une fiction. Mais le terme de documentaire est parfois un peu réducteur. Le film a néanmoins été primé au festival Cinéma du Réel 2010. Un poème ? Oui, aussi. Poème de l'image, du son, de la musique.

L'histoire ? Une histoire d'amour... Entre un gangster sorti de prison et un transsexuel. Enfin, c'est la trame, le fil conducteur. Au départ, le film est une "commande" d'une fondation Jésuite de Gênes qui porte assistance aux sans abris, clochards, marginaux de la ville. Un film pour montrer le monde à qui s'adresse cette fondation. Donc c'est aussi un film sur Gênes, son passé de grand port industriel, son présent (la désindustrialisation, la misère) hanté par les souvenirs du passé. Enzo (le gangster) est le fils d'un vendeur de rue, survivant d'un sous-prolétariat aujourd’hui disparu, nous confie l'auteur. Il a passé plus de la moitié de sa vie en prison. C'est là qu'il a rencontré Mary, transsexuelle, ancienne toxicomane et prostituée. Et c'est ainsi que petit-à-petit est née leur histoire. Une longue histoire d'amour, d'abord épistolaire. Mais raconter tout cela, ce n'est rien dire du film... ou si peu.

Le début du film nous plonge dans Gênes et ses quartiers déshérités. La nuit, souvent. Des formes, des anonymes et puis une voix off, grave - celle d'Enzo. Petit à petit son, histoire se dévoile, illustrée par des collages, des extraits de films divers, des photos, voire des textures et des tons (ah, ces images magenta !). Une autre voix off cite de larges extraits d'un livre de Gaspare Invrea (La Bocca del luppo, qui donne donc son titre au film) publié en 1892 et parlant des exclus qui "traversent des lieux disparus, descendant des rampes et remontant des pentes reculées où repose l'obscurité." Vient ensuite la voix-off de Mary, qu'on ne verra qu'assez tard dans le film. Et puis vient cette séquence magnifique où ils sont filmés ensemble, face à la caméra. Mais pas de sentimentalisme ou de voyeurisme dans La bocca del lupo. Pas de mélancolie non plus. Enzo et Mary y sont fiers et toujours tournés vers l'avenir, leur rêve : "Une maison à la campagne avec un jardin potager et peut-être une véranda avec un banc où on pourrait se serrer pour regarder l'horizon, avec nos chiens autour."

Au final, une sublime oeuvre poétique, pleine d'humanité et de sincérité. Et pour moi l'un des plus beaux films vus ces dernières années.