dos100.jpg Le dos au mur, trop vite qualifié de cinéma militant, est un magnifique documentaire qui raconte les huit semaines de la grève de l'Alsthom de Saint Ouen, en 1979. Pour comprendre ce film, rappelons un instant que Jean-Pierre Thorn, après un premier film Osez lutter, oser vaincre (tourné en mai 68 aux usines Renault) est devenu un établi : pour fuir la rhétorique stérile des discours, il plaque tout et se fait engager O.S. à Alsthom, où il restera jusqu'en 1978. C'est à l'appel de ses anciens copains (le terme est mis en avant, plutôt que celui de camarades, trop connoté) qui entament une grève en 1979 qu'il revient avec sa caméra et une équipe légère, filmer le quotidien de ce mouvement. De l'intérieur ou de l'extérieur, de jour comme de nuit, il filme les enthousiasmes du début (enthousiasmes réels mais fragiles et lucides), comme la mise en place de l'occupation, l'invasion de la Bourse, la réoccupation après l'intervention des CRS, mais aussi les doutes devant le rapport de force inégal. Le film fait le constat - terrible - que les travailleurs, les ouvriers, sont systématiquement poussés à la violence, le dos au mur (même si aucune violence n'est à déplorer lors de ce mouvement, hors celle de la réaction des patrons après la fin de la grève). Henri Onetti, l'un des protagonistes de cette grève dit ainsi : je ne donnerai peut-être pas le premier coup de fusil mais je donnerai certainement le deuxième.
Si l'on sent donc dans ce film poindre l'amertume qui gagne la classe ouvrière, en cette fin de décennie (amertume face aux syndicats et aux politiques - qu'ont-ils fait pour soutenir le mouvement ?), le Dos au mur n'est pas uniquement le récit de ce désenchantement. La force de ce film est de donner la parole aux ouvriers, de filmer leur fierté, leur appropriation de la lutte, de l'usine, loin de tout dogmatisme (comme Osez lutter, osez vaincre) et leur lucidité (nous n'avons aucun modèle à suivre dans le monde). A l'opposé des procédés journalistiques "modernes" (cf le soi-disant travail journalistique des Infiltrés), la caméra de Jean-Pierre Thorn ne se cache pas : elle ne se contente pas de montrer, de témoigner ; elle nous parle et revendique son rôle partisan. Le travail de montage est super et la bande son soignée et subtile, même si certaines chansons écrites pour le film semblent avoir mal vieillies. La version de l'Internationale, jouée à la Hendrix, est particulièrement bien venue (comme je souligne Jean-Pierre Thorn, ça peut paraitre dérisoire aujourd'hui, mais en 1979, c'était "révolutionnaire" !).
dos10.jpg dos24.jpg dos0.jpg