Dans la presque unanimité des "grands" médias face aux problèmes économiques, la lecture du blog de Frédéric Lordon (le bien nommé La pompe à phynance, sur Le Monde Diplomatique) est toujours utile, pour ne pas dire indispensable. L'auteur y présente et développe une autre vision de l'économie et de ses mécanismes et nous apporte un éclairage pertinent et toujours bien documenté. Ainsi, la dette publique.

Depuis la crise budgétaire grecque, la dette publique et la réduction des déficits sont des thèmes particulièrement mal-traités dans notre environnement politico-médiatique à voix monocorde et lassante. Ça tombe bien : le débat sur l'âge de la retraite s'ouvre et il s'agit de bien faire comprendre au citoyen qu'il est nécessaire de se sacrifier pour le bien de tous et surtout des générations futures.
Dans son article consacré au sujet - La dette publique, ou la reconquista des possédants, Frédéric Lordon fait un constat évident : le problème "structurel" de la dette est toujours envisagé sous l'angle des dépenses (qui augmentent, et donc qu'il faut diminuer pour résorber le déficit) et jamais sous l'angle des recettes. Hors, depuis le début des années 80, les recettes ont, presque partout, diminuées, notamment celles de "possédants". Pour parler simplement, les plus riches paient aujourd'hui moins d'impôts que les autres citoyens, en proportion.
Il nous explique aussi qu'il ne s'agit pas d'un effet d'aubaine mais bien d'une stratégie de "reconquête" de ces mêmes possédants, après avoir dû avaler quelques "couleuvres". Ainsi, il cite l'exemple des Etats-Unis où, pour résorber la grave crise de 1929 où le monde de la finance s'était délégitimé - comme en 2007 - l'impôt sur les sociétés avait grimpé jusqu'à 90 % sans parler d'autres mesures visant à limiter les écarts de salaires et donc les inégalités. Cela me fait penser à la France et aux acquis du CNR (Conseil National de la Résistance) qui a su et pu, au sortir d'une guerre où une partie non négligeable des "possédants" s'étaient quelque peu délégitimés à leur tour dans la collaboration, imposer un programme à forte connotation sociale, avec notamment la mise en œuvre de la Sécurité Sociale (sur ce dernier exemple, j'ai en préparation un article sur le film de Gilles Perret, Walter, Retour en Résistance - article que je n'arrive pas à finir mais qui est fort instructif sur ce sujet).

Tout cela pour vous encourager à lire Frédéric Lordon et à méditer sur les pistes et éclairages qu'il nous propose.