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Tag - Tsvétaïeva

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dimanche 11 juillet 2010

Devoirs de vacances

clz017.jpg




















(Andolo)



Baiser au front - c'est effacer l'ennui.
Je baise au front.

Baiser les yeux - c'est tuer l'insomnie.
Je baise les yeux.

Baiser les lèvres - c'est donner à boire.
Je baise les lèvres.

Baiser au front - c'est effacer la mémoire.
Je baise au front.

Marina Tsvétaïéva

vendredi 12 mars 2010

Marina à Rilke, encore et toujours

tsvetaieva2.jpg Je ne m'en lasse pas...

Avant la vie, on est toujours et tout, quand on vit - on est quelque chose et maintenant.

Je suis nombreuse, comprends-tu ? Innombrable, peut-être ! (Une insatiable multitude !) Pas un des moi ne doit être au courant des autres, ça perturbe.

Rainer, hier soir je suis sortie ramasser le linge, car la pluie venait. Et j'ai pris tout le vent, - non, tout le nord dans mes bras. Et il s'appelait toi. (Demain ce sera le sud !) Je ne l'ai pas fait entrer, il est resté sur le seuil. Il n'est pas entré mais il m'a emmenée en mer dès que j'ai été endormie.

Plus tu es loin de moi - plus tu es loin en moi.

jeudi 11 mars 2010

"Marina : comme j'ai habité ta lettre." (Rilke)

tsvetaieva.jpg Rainer_Maria_Rilke.jpg Après Tsvétaïeva, Pasternak, qu'il me soit permis de citer un extrait d'une lettre de Rilke.

C'est le 10 que vous avez cru recevoir mes livres, en faisant pivoter la porte 
(comme on feuillette un livre)...; et c'est ce même 10, aujourd'hui, dans l'éternel 
aujourd'hui de l'esprit, aujourd'hui, Marina, que je t'ai reçue dans mon cœur, 
dans toute ma conscience qui tremble de toi, de ta venue, comme si ton grand 
compagnon de lecture, l'océan, avait avec toi, ô marée du cœur, déferlé sur moi. 
Que te dire ? Tu as tenu tes mains, tour à tour offrantes et de nouveau jointes, 
tu as tenu tes mains dans mon cœur comme dans la vasque d'une fontaine 
jaillissante : à présent, aussi longtemps que tu les y laisseras, c'est vers toi 
que coulera le courant détourné...

A propos des "déserts lieux"

mstuart.jpg Il ne t'aura pas échappé, lecteur curieux, ce terme de déserts lieux, à la fin de la citation de la lettre de Tsvétaïeva à Rilke. C'est d'abord Pasternak qui écrit à Tsvétaïeva :

En quoi réside le miracle ?
En ceci, qu'au monde vécut une jeune fille de dix-sept ans nommée 
Marie Stuart et qu'un jour d'octobre, à une fenêtre derrière laquelle 
les puritains hurlaient, elle écrivit en français un poème qui finissait ainsi :
"Car mon pis et mon mieux
Sont les plus déserts lieux."

Vous pouvez lire ici le poème de la jeune reine d'Ecosse.

mercredi 10 mars 2010

Est-ce que tu m'aimes encore ?

tsetaieva_rilke.jpg Je t'aime et je veux coucher avec toi, cette concision n'est pas permise à l'amitié. Mais je le dis d'une autre voix, presque dans le sommeil, profondément dans le sommeil. Je sonne tout autre chose que la passion. Si tu me prenais contre toi, tu prendrais contre toi - les plus beaux déserts lieux. (Marina Tsvétaïeva).

Ah ! les femmes russes ! On excuse tout à Tsvétaïeva : sa plume est faite de sels d'argents.

Très belle découverte que cette correspondance Tsvétaïeva - Rilke, témoignage d'une passion uniquement épistolaire (ils ne se rencontreront jamais). Force vive du sentiment amoureux au travers de l'écriture uniquement. Après le décès de Rilke, cette ultime carte de Tsvétaïeva :


   Nous rencontrer ici, nous n'y avons jamais cru ni l'un ni l'autre; 
   comment être d'ici, n'est-ce pas ?    Tu es parti devant et tu fais de l'ordre, 
   pas dans la chambre, pas dans la maison, dans le paysage, 
   pour bien me recevoir.

   Je t'embrasse sur la bouche ? la tempe ? le front ? Plutôt sur la bouche, 
   comme pour un vrai vivant (car tu n'es pas mort)